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Chronique littéraire sur Trouble maker de Laura Swan par Mylène Javey

  • Photo du rédacteur: Mylène Javey
    Mylène Javey
  • 17 nov.
  • 6 min de lecture
Couvertures des livres Trouble Maker de Laura Swan

Les loups,


Il y a quelque temps, je vous ai partagé mon analyse assez acide du genre littéraire de la dark romance sur le blog de Satan Bouche un coin que je vous invite à aller lire sur le Blog d'Adeline Angioli. Je relatais alors les impressions cuisantes et corporellement dérangeantes que j'ai pu ressentir à la lecture des romans de Sarah Rivens, Captive.


Je trouvais cyniquement épatant que l'on puisse en 2024 accepter cette banalisation de la violence et d’en faire le socle d’une romance en nous montrant les archétypes toxiques d’un masculin et d’un féminin malmenés qui finiraient, sait-on jamais, par voir la lumière...

Dans cette époque lugubre que nous traversons où toute valeur transcendante est foulée aux pieds d’un autel maudit qui sacrifierait avec joie et ivresse un féminin qui devrait à mon sens être sacralisé, il me semble justement qu’un certain féminisme sain et bien ancré ne saurait souffrir l’effacement de son essence par des mots modernes et accablants, même si ceux-ci trouvent toujours une forme de résilience bienfaisante amené par un masculin qui aurait compris que son « édifice », le masculin, ne pourrait tenir debout sans son « intériorité », le féminin, vous l'aurez bien compris. N’ayant jamais eu de retour des éditions BMR, j'en ai conclu que mon analyse n'avait pas trop plu ou était seulement restée incomprise…

Tant pis. Mais peu importe !

"Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende !". Le rôle d'un chroniqueur n'est-il pas d’éclairer un peu plus les consciences en vous donnant envie de lire pour vous faire votre propre opinion ? Alors, non, mes amis, je n'ai toujours pas plus de qualités qui me permettrait de vous influencer dans un sens ou dans un autre. Cependant, c'est toujours à travers mon prisme d'auteure un peu philosophe, un peu mystique, un peu thérapeute, éducatrice et artiste lyrique, que je ne me lasse pas d'analyser les profondeurs de l’âme pour tenter de vous convaincre qu’il n’y a pas plus réaliste miroir que l’Autre. Et que ses blessures viendront toujours frictionner les nôtres. Alors je continue. Et pour clôturer le débat sur la dark romance jusqu’à la prochaine session, j'ai lu avec une attention toute particulière les tomes 1 et 2 de la très talentueuse Laura Swan, Trouble maker, parus aussi aux éditions BMR.


Je tiens à préciser que ce qui a pu me déplaire au prime abord et qui a l'air de faire kiffer apparemment les lectrices du genre, c’est la relation interdite. Et ici, la relation naissante entre une lycéenne gravement battue par sa belle-mère, harcelée, et son professeur froid et mystérieux qui n’est autre que le cambrioleur qui l’a protégée lors de la mise à sac de sa maison quelques semaines auparavant. Cette lycéenne, June Grey, le reconnait devant son tableau où des équations à résoudre s’affichent.

Lui aussi la reconnait. Aïe, ça commence mal…

Très franchement, J’aurais presque eu envie de refermer les livres tellement l'idée même d'une telle relation pourrait déranger quelque chose en moi. Ce quelque chose révélateur d'une totale banalisation de la transgression car la relation entre un élève et son professeur est tout aussi interdite que l’inceste.

Il y a des choses auxquelles on ne touche pas, m’a soufflé mon esprit à la lecture du 4ème de couverture et des premiers chapitres. Malheureusement, il semble bien que la transgression généralisée soit devenue le maître mot d'une société occidentale décadente, remplie de paradoxes et en chute libre. D’accord. Mais une fois que j’ai dit cela, qu’ai-je dit ? Rien. Cela pourrait sonner comme une deuxième critique acerbe alors que j’aimerais toutefois saluer les qualités de ces deux tomes. Parce que parfois, dans la fiction comme dans le réel, la vie nous présente des êtres en résonnances avec nos parcours individuels pour nous pousser à guérir ; et quand l’amour nait dans une situation impossible, que fait-on ?

Allez, je l’admets, j’ai beaucoup frissonné à la lecture du premier tome. N’abusons pas, les personnages principaux, June Grey et Shayne Scott, ont juste quelques années d’écart. Mais il n’empêche qu’il n’est pas possible de pousser les jeunes filles à fantasmer sur leurs profs, dediou !! Je ris intérieurement car qui n’a pas bavé sur le postérieur de son prof de philo ou d’histoire ?! Bref, je continue.

Maintenant que j’ai posé ça, je peux passer aux éloges car cette romance, belle et polie comme un bijou, m’a touchée et invitée à poursuivre. Il est vrai que l'on retrouve ici tous les ingrédients d’une dark romance en apparence un peu « bateau » mais franchement bien écrite et si profonde dans l’élaboration du lien qui peut unir les deux protagonistes, que j’ai fini par faire taire mes remontrances. Je m'explique.

Les chiffres du marché nous montrent bien que dans la romance tout est possible et vendable avec un bon marketing. Même certains sous-genres qui me semblent à moi grotesques ou farfelus comme la "romance alien", par exemple, savent se vendre. Comme quoi, tout est bien possible ! Après tout, il faudrait de tout pour satisfaire les goûts parfois bizarres de certains lecteurs. Toujours est-il que mon analyse sur la dark romance reste dans le fond la même, et mon envie de préserver une certaine forme de sublime se fait de plus en plus vivace face à l’ombre. J’aurais donc tendance à penser que ce n’est pas une raison pour justifier ainsi par le commerce et les mots, les violences gratuites faites aux femmes ou aux hommes. Cependant, il semblerait bien que le propre et la qualité de ce genre seraient justement de teinter d’un réalisme dérangeant les récits d’hommes et de femmes aux histoires personnelles poignantes qui finissent par puiser leur force et leur élévation dans la résilience.

Alors là, je suis d’accord. Ces mêmes faits de violence physique et psychologique peuvent alors se justifier car ils servent le récit. Ce qui est vraiment le cas, ici. N’ai-je pas d’ailleurs utilisé la violence et la perversion dans mon premier roman qui est paru aux éditions des libertés ? Oui. Donc, je révise mes jugements. Laura Swan nous montre bien que par la beauté de mots choisis, l’horreur peut être sublimée. La vulgarité, elle, n’entre pas dans son vocabulaire travaillé. Elle n’y a pas sa place, dieu merci.

Félicitations.

June et Shayne sont des personnages complexes et touchants, tant par leurs personnalités que par leurs blessures respectives. Et c’est justement par ces cicatrices suintantes de souffrances que leur rencontre prend son sens car ne l’ai-je pas dit plus haut que nous rencontrons toujours nos miroirs ? Assurément, June et Shayne sont des surfaces réfléchissantes magnifiques qui se sont polis et sublimés au fil des chapitres des deux tomes. Tous deux nous apprennent que la résilience est d’abord une volonté propre, puis une force face aux horreurs que l’on peut subir sans broncher. Cette même résilience s’apprend par le travail intérieur et le courage, en espérant toujours que la bonté saura contrecarrer le mal que l’on reçoit. Je dois dire que j’ai été agréablement surprise car ce fil rouge se développe dans le tome 2 comme un fil soyeux mais néanmoins incendiaire.


Car qu’est-ce que l’amour sinon une force brûlante qui peut soit vous amener à vous dépasser, soit vous anéantir à jamais…


Laura Swan a su nous emmener avec brio dans les univers intimes et dévastés de June et de Shayne tout en tissant cette trame lumineuse de l’espoir. Les intrigues sont bien menées dans un style délié et délicat. C’est vraiment très classe. Tous deux deviennent un miroir translucide où eux seuls comprennent ce que la négligence et la maltraitante peuvent laisser comme traces indélébiles sur le corps et l’âme de cet Autre, personnage aimé et tant détesté par ce qu’il dit de soi. Et comme je l’avais expliqué dans ma chronique de Captive, le masculin toxique se transforme toujours au contact de son féminin, de son intériorité. Parce que c’est ainsi que le yin et le yang s’interpénètrent pour créer un grand tout teinté d’ombre et de lumière.

De la fusion littéraire chaotique de June et de Shayne, émerge alors le sac de nœud séparateur qu’ils sont amenés à dénouer pour guérir de leurs passés et se retrouver. Shayne passe de professeur intimidant à protecteur car il se laisse toucher par cette jeune femme en apparence fragile qui touche sa vulnérabilité masculine qui l’a entraîné par le fond, cette jeune femme abîmée qui affirme son existence et sa place dans le monde en absorbant la force de son partenaire, puis qui guérit par la puissance de cet amour interdit. C’est cela la force de la relation quand elle est comprise et intégrée. Une force qui pousse à se dépasser.


Je n’en dis pas plus car j’aimerais que comme moi, vous puissiez changer d’avis sur la dark romance. Trouble maker est une magnifique aventure superbement écrite et pleine de rebondissements qui m'a tenue en haleine jusqu’à la fin, jusqu’à la résolution d’une relation si puissante. Je n’adhère toujours pas au concept mais je dis un grand bravo à Laura Swan pour son merveilleux talent.


Mylène Javey, Auteure

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