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Blod ou "L’éternelle danse des sorcières" - Chronique

  • Photo du rédacteur: Mylène Javey
    Mylène Javey
  • 17 nov.
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 18 nov.

Chronique du groupe : BLOD,

Album : Mara, 2024,

Label : Talheim Records Germany


Chronique écrite en Octobre 2024


Pochette de l'album, Mara

Mes louves, mes loups,


L’automne s’est déjà installé dans son manteau de lumière si particulière pour les adorateurs de mélancolie, et son feuillage nous fait entrer dans la danse de l’intériorité comme une invitation au voyage solitaire. Symboliquement parlant, la Saint-Michel nous a poussés à trancher net avec des schémas du passé, prêts à entrouvrir une porte vers le renouveau que n’importe lequel d’entre nous pourrait appeler de ses vœux. Seulement, nul départ n’est possible sans temps de repos intérieur, le temps d’entrer en communication avec chacune de nos ombres et de demander aux divinités de nous prendre par la main pour nous emmener dans leurs mondes, là où chaque demande sera ponctuée de rituels parfois personnels, et parfois plus poussés, plus occultes et plus proches de la terre.


L’automne est là, oui. Comme un appel des Mères vers le Coven flamboyant qui scande l’appel des prêtresses qui sommeillent en chacune de nous. Prêtresses, vous avez dit ? Assurément. J’entends par Coven flamboyant l’appel du Doom et du Sludge, mes loups. L’appel du rituel et de la prière. Car s’il est un genre dans le métal qui invite au voyage intérieur, c’est bien celui-là. Cela ne pouvait pas mieux tomber. J’étais prête!

Quand j’ai découvert Blod en 2021 avec leur premier album éponyme, une voix en moi que je croyais morte s’est soudainement élevée dans les airs et s’est mise à hurler dans la nuit à l’unisson avec Anna, la voix du groupe. Cliché, me direz-vous. Oui. Mais oui, putain ! Encore oui. Et éternellement, oui. Ce paysage musical émergent, unique en France, sentait déjà bon l’humus sous les pieds de chaque femme marchant parmi les ombres des mondes subtils, profond comme un souvenir enfoui qui n’a demandé qu’à émerger du sol. Je me trouvais là, enfin, en contact avec mon chaudron et la magie, une jouissance perdue dans les brumes des temps anciens, intense, destructrice et régénérante comme les racines de la Terre.

Parmi tous les archétypes féminins si honorés aujourd’hui avec l’émergence du féminin sacré, il y en est un qui, quoique nous pensions aujourd’hui, nous mettra encore en connexion avec ce qu’il y a de plus douloureux et de plus sombre chez l’Homme et qu’il serait bon de continuer d’honorer pour ne jamais oublier : L’archétype de la sorcière.


Archétype ô combien chargé. La femme occulte et dangereuse pour qui s’en serait trop approché et qui a déchainé tant de passions durant des siècles : la haine des sorcières avec son cortèges d’horreurs…

Non, mes loups. Ce n’est pas de la haine des lanceuses de sorts dont il est question, finalement. Mais de la haine des femmes et de sa nature indissociable du Mystère. La prêtresse, l’enchanteresse, l’intouchable. La mère. La tentatrice. La femme sauvage. La femme connaissante réduite à rien, avilie en un archétype puissant, presque innommable car tellement chargé de souffrance et d’incompréhension de la puissance du féminin, trop puissant, trop profond, trop sombre et abyssal. Un archétype qui s’est alimenté de tant de croyances erronées, de peur, de colère, de haine et de luxure cachée…La sorcière, quoi.


Pochette de l'album, Serpents

Alors que le temps de repos imposé lors de la pandémie faisait rage en beaucoup, je prenais cet espace suspendu comme une bénédiction. Un temps béni où Serpents, le deuxième album du groupe a su trouver son chemin jusqu’à mes tripes, explorant ainsi la mémoire des accusations terribles qui ont mené tant de femmes sur le bûcher. Arcanes lucifériennes, culte à mystère d’Eleusis, chaque titre enchanteur a martelé ses rythmes et ses riffs lancinants dans ma poitrine comme un tambour ininterrompu. « My soul is dead » est chanté dans Energumene. Et pourtant, Häxan, Serpents ou encore Hecate, ont laissé une trace indélébile et inégalée dans le paysage du Doom français. Les amateurs d’Amenra et de Dolch trouveront là bien plus qu’un divertissement.


"En vérité, je vous le dis", Blod, mené par le combo parisien (Anna Lynn et Ulrich d’Otargos et Regarde les hommes tomber), est bien plus qu’un divertissement scénique.

C’est un appel, un gouffre.

"Une grotte".

Une béance mystique et profondément féminine qui appelle chacun d’entre nous à revenir en son sein. Je ne pouvais qu’attendre la délivrance avec un troisième opus qui ferait enfin appel à l’archétype de la guerrière. Car, ne nous y trompons pas. Comme je l’ai déjà exprimé dans d’autres chroniques, l’expression du féminin dans toute sa vibration n’est pas seulement un béni-oui-oui à petite fleurs des champs. C’est tellement plus que cela.

Une rose écarlate à mille épines.


Insaisissable serait son empreinte, ombre de l’inconscient serait sa trace, accueil serait son fondement. Et parmi ces notions métaphysiques, ténèbres serait aussi son expression. Accomplissement, son devenir…


Blod

Je ne pouvais alors qu’accueillir leur troisième opus, Mara, sorti en 2024 chez Talheim Records. Il est toujours intéressant d’observer l’évolution d’un groupe et comment la créativité s’exprime et avec quelles influences. Cet album a définitivement conquis mon âme à l’écoute de l’intro, Gehenna, suivie de titres puissamment Black-Sludge comme Malignant et Martyr. Cela sonnait comme le glas. Enfin, me suis-je dite. Tout ce voyage immersif n’aura pas été vain. Les voix torturées, les plaintes et les soupirs de notre magicienne Anna m’ont arrachée quelques pétales au passage, je vous l’assure. Mais aussi quelques souvenirs volés à l’inconscient collectif que je ne puis ignorer sans condamner encore moi-même la mémoire de millier de sorcières.

C’était certain. Les sonorités incroyables de l’album nous plongent dans les ténèbres et si je puis dire, dans le savoir hermétique dont les grandes vénérables ne sont autres qu’Hécate et Déméter. C’est la puissance, le souvenir d’un savoir perdu et de leurs vertus qui prennent, le long de l’album, les couleurs d’une condamnation sans appel pour bien des femmes à travers l’Histoire. Le fond inatteignable, l’essence même de la magie et de la connexion des femmes à la nature et à l’invisible est peut-être bien le fondement de Mara. Et son titre éponyme, une manière subtile de mener nos filles et nos sœurs vers la mélodie de notre nature insaisissable. Je le redis, l’incompréhension et la peur du fond a sonné le glas de la liberté du féminin et de sa capacité à exprimer sa vérité et sa créativité par la magie de ses différentes vibrations.

Blod a su me dévaster par la vérité intransigeante de mélodies noires, justes et étrangement régénérantes, exprimant une bonne fois pour toute ce féminin guerrier dans toute sa splendeur, s’élevant, impitoyable, dans les airs, dans un monde où bien des hommes mènent encore des femmes au sacrifice de leur beauté, de leur force et de leur grâce. Je savais déjà que ce troisième opus ne me laisserait pas indifférente. Covenant me rappelle que plus que jamais, l’appel des sœurs a sonné et que c’est aussi grâce à l’édifice conscient de notre éternel masculin que nous pouvons exprimer la grâce et la puissance des dieux. Petit rappel. Sans vous, messieurs, nous ne sommes rien.

 

Mylène Javey, Auteure



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